Récits de voyages autour du monde et réflexions...

Interview d’Antoine qui parcourt le monde en auto-stop

Interview d’Antoine qui parcourt le monde en auto-stop

Aujourd’hui, je vous propose une interview d’Antoine, un voyageur qui parcourt le monde principalement en auto-stop en mode couchsurfing. Comme vous allez le voir (ou le lire plutot), il a de nombreuses anecdotes à raconter ! Il est également très actif sur twitter avec le concept de « J’irais twitter chez vous » et il tient aussi un blog : Détours du monde.

Je profite de cette interview pour répéter que le voyage n’est pas une histoire de moyens, nul besoin d’être rentier pour parcourir le monde comme vous allez le voir avec l’état d’esprit d’Antoine ! Le monde appartient à ceux qui se lèvent tot (et qui veulent le conquérir !).

 

Peux-tu te présenter rapidement ?

Je m’appelle Antoine, réunionnais de 25 ans qui a goûté au voyage dès ses premiers pas. Depuis, parcourir le Monde est devenu une évidence. Ca fait bientôt deux ans que j’arpente la planète. Là, je suis arrivé en stop en Laponie dans le but d’observer des aurores boréales. J’y resterai le temps qu’il faudra.

 

Antoine

Antoine

Quels sont les voyages que tu as fait ?

Je suis à cette période où j’ai trop vadrouillé pour pouvoir tous les citer et pas assez pour mentionner les destinations qui me manquent. Je n’ai jamais visité l’Océanie, l’Antarctique ni les îles du Pacifique et de l’Atlantique. Il y aura sûrement de ces endroits-là au cours du deuxième semestre 2012.

 

 

Comment as-tu pris gout aux voyages ?

« Les pommes ne tombent pas loin du pommier. » Mes parents voyagent aussi beaucoup. A vingt ans, ils tentaient un Paris-Afrique du Sud en autostop. Ils se sont un peu perdus en route et se sont retrouvés en Amérique du Sud. Deux ans plus tard, ma mère accouchait d’un marmot qu’ils emmèneront dans l’Océan Indien. Les pommes ne tombent pas loin du pommier, le pommier est juste en haut d’une colline abrupte qui donne leur élan aux fruits.

 

Quel est ton style de voyageur ? (à l’arrache, planificateur, etc. ?)

J’ai des buts que je ne respecte presque jamais. La fois où j’ai voulu voyager du Brésil aux Etats Unis, me disant qu’il fallait que je monte coûte que coûte vers le nord, je me suis retrouvé à aller vers le sud dès le premier jour, à visiter tous les pays qui ne faisaient pas partie de mes projets. Ce n’est pas grave si le voyage est différent de ce qui était prévu, tant qu’il apporte son lot de découvertes et d’aventures. Enfin, je me prépare généralement peu pour mes voyages, sauf quand ma santé peut être réellement mise en danger.

 

Le Cachemire

Le Cachemire

 

Peux-tu nous raconter un évènement qui t’a marqué ?

Il y en a tellement… C’est dur d’en choisir un en particulier, je les raconte plutôt dans les conversations, quand quelqu’un prononce une phrase « Madeleine de Proust » ça sollicite ma mémoire.

Pause publicité : Le mieux, c’est que vous visitiez mon blog – Détours du monde – ou mes tweets qui sont des aperçus de mes histoires et que vous me demandiez d’expliciter ceux qui vous semblent intéressants.

 

Une anecdote ?

Même problème. Je vais piocher des souvenirs au pif : j’ai dormi chez le commanditaire d’un meurtre, j’ai failli me faire dévorer par un requin, j’ai refermé la portière derrière ma mère sortie de la voiture car elle venait de voir un lion, j’ai traversé une forêt mongole par une nuit sans lune car j’entendais des sons semblables à des rires de femmes et me suis retrouvé à danser sur de la techno au milieu de nulle part avec des étudiants japonais, j’ai été pris en stop par un musicien frustré, croque-mort qui venait de quitter sa femme une heure plus tôt pour aller dans un camp naturiste avec une voiture qui calait tous les dix kilomètres sur l’autoroute…

 

Quel est ton continent préféré ?

Une fois, j’ai rencontré un voyageur de très longue durée qui m’expliquait que lorsqu’on lui demandait quelle était sa destination préférée, il rétorquait : « Parmi vos enfants, lequel préférez-vous ? » Cela dit, je me suis vraiment senti bien en Amérique du Sud et en Europe qui, pour le réunionnais que je suis, était une terre de promesses, de nouveautés et de civilisation. Contrairement du caillou où j’ai grandi, l’Histoire y est ancienne, les architectures en sont des témoins et les paysages y sont variés. J’imagine que ça n’est pas très dépaysant quand on a grandi en France métropolitaine mais je m’y suis vraiment épanoui.

La mosquée de Uzungöl en Turquie

La mosquée de Uzungöl en Turquie

 

Je vois que tu fais beaucoup d’auto-stop. Est-ce viable ? Sûr ?

Sur les dizaines de milliers de véhicules qui m’ont emmené un peu partout, j’ai eu deux mauvaises expériences : quand j’avais treize ans, un pédophile m’a mis la main sur la cuisse, j’ai mis la mienne sur le frein à main et suis sorti hors de la route. On n’abandonne pas sa voiture comme ça, il est reparti dans la nuit. Il y a trois ans, je voyageais avec une amie plutôt séduisante et on a été stupide, on s’est séparé parce qu’il n’y avait pas assez de place dans le véhicule qui voulait nous emmener. Le conducteur a commencé à la peloter puis s’est posé sur une aire d’autoroute en la menaçant qu’il l’a laisserait là si elle refusait d’écarter les jambes. Elle a laissé partir le pervers et m’a rejoint en montant dans d’autres voitures. Le mec n’aurait pas pu aller plus loin, par sécurité j’avais vérifié ses papiers et son numéro de téléphone.

Après, j’estime que l’autostop est globalement sûr parce qu’il y a trop peu d’autostoppeurs sur lesquels les psychopathes puissent compter pour assouvir leurs besoins et qu’en prenant quelques mesures de sécurité, il y a moyen de réduire les risques au minimum. Je me suis fait agressé quatre fois dans ma vie, jamais en stop et trois fois à moins de cinq bornes de chez moi.

Le stop est plus ou moins viable selon les endroits où l’on en fait. En France, c’est d’une facilité extrême, en Espagne tu peux penser à investir dans un vélo. En Asie et en Amérique du Sud, il vaut mieux ne pas trop prévoir de date butoir.

 

Revenons à des considérations plus terre à terre. En quoi consiste ton travail pour Mon Nuage ?

Ces derniers temps, je ne suis pas très actif pour Mon Nuage, je me concentre sur des sujets qui requièrent plus de temps et d’implication. Le travail consiste à chercher des lieux et événements qui peuvent intéresser les touristes, prendre des photos ou une vidéo, rédiger quelques lignes et publier tout ça. Avec cet emploi, j’ai découvert les cultures des pays bien davantage que lorsque j’étais simple touriste.

 

Comment te projettes-tu dans l’avenir ? Pense-tu continuer à voyager pendant des années ?

Si je parviens à répondre à mes besoins vitaux et que le voyage continue à procéder à mon épanouissement, oui, pourvu que ça dure. Autrement, j’ai une expérience audiovisuelle et des désirs de me lancer sur la voie du théâtre, du cinéma, de l’écriture et du journalisme. Si je me sédentarise, ce sera sûrement pour certaines de ces professions plus difficiles à exercer en tant que voyageur permanent.

 

Est-ce que tu ressens une « lassitude » des fois, un coup de mou ?

Comme tout le monde, je passe par des creux de vagues, une espèce d’insatisfaction latente qui surgit quand tu es plus fragile. Généralement, c’est lorsque j’ai l’impression de n’avoir pas assez réalisé, de ne pas avoir suffisamment profité du lieu où, souvent, je ne fais que passer. J’en ai même voulu au voyage d’avoir été la cause de relations avortées. Quand je me sens réellement démotivé, je me force à prendre la route, à rencontrer des gens, me disant que, quitte à ne pas savoir quoi faire, autant faire quelque chose, ne pas perdre ce temps de jeunesse et de découverte. Ca me permet de remettre le pied à l’étrier.

 

Où trouves-tu ton inspiration pour les futurs voyages ?

Pour le moment, la liste est encore longue parmi les destinations que je voulais visiter enfant et que je ne connais toujours pas. Quand j’aurai traversé la Nouvelle Zélande, l’Australie, le Mexique et le Canada j’aurai achevé mes rêves d’enfant concernant le voyage et pourrai m’imaginer des destinations d’adulte.

Sundsvall en Suède

Sundsvall en Suède

 

Comment fais-tu pour financer tes voyages ? (petits boulots, etc.) ?

Je n’ai jamais fait de petit boulot et dépense extrêmement peu. Mon budget mensuel est de moins de 100€ par mois, plutôt autour de 20€, d’ailleurs. Tout le monde m’a mis en garde quant au coût de la vie scandinave mais, après un mois de voyage, mes dépenses s’élèvent à 60€. En dehors des visas et autres obligations administratives, je crois qu’il est facile de voyager gratuitement. Ca sollicite l’audace, la débrouillardise et l’ouverture aux autres. Je n’en suis pas fier du tout connaissant le pays mais je suis parti en Inde avec 200€ en poche et suis rentré deux mois plus tard avec la même somme. Je rends service à mes hôtes, cuisine, fais les tâches ménagères, des trucs que je ne fais presque jamais quand j’ai un chez moi.

Sinon, les revenus générés avec Monnuage conviennent à mes besoins, je commence à avoir des rendez-vous pour des expositions et j’envisage de pousser plus loin mes compétences audiovisuelles et rédactionnels en freelance, auprès d’une société ou en monétisant mon blog.

 

Tu es économe effet ! Un conseil à donner aux apprentis voyageurs ?

Les moyens, vous les avez même si vous n’avez rien. Ne croyez pas ce qu’on vous dit, souriez, hochez la tête quand on vous donne un avis mais faites toujours ce que vous voulez faire au final.

 

Un dernier mot pour la route ?

Au hasard des rencontres.

 

 

17 Comments

  1. Super interview! Il en faut pour vivre avec moins de 100 euros par mois. En tout cas merci pour la découverte je vais suivre ton blog ^^.

    Bonne chance à tous les deux !

  2. Interview sympa, tu vis sur la route, je suppose que tu n’as pas d’appart, tu as de la famille en France qui t’héberge entre 2 trips?

    Tu faisais du stop à 13ans?!

    100€ par mois c’est clair que c’est vraiment peu, rien que pour manger! Mais je suppose que tu te fais souvent inviter, via le couchsurfing ou autre, tu voyages avec une tente, sac de couchage? Un gros sac ou juste 30L et qq?

    Là en Laponie tu dois être équipé, niveau sécurité pour le froid c’est pas de la blague, dans l’optique ou tu te retrouves sans endroit ou dormir?

    En tout cas super mentalité et belle volonté de réaliser tes rêves et suivre ta voie!

    • Ma famille la plus proche vit à La Réunion mais j’ai la chance d’avoir des amis sur qui compter, ça me permet de vivre en France un peu comme en voyage. Il faut dire que j’ai moi-même beaucoup hébergé de monde, pas mal organisé d’événements solidaires, je récupère la monnaie de la pièce même si j’ai parfois l’impression de prendre plus que ce que j’ai donné. J’ose espérer que je continue à apporter mais en tant que nomade.

      – Mes parents ne sont pas au courant mais la première expérience de stop dont je me souviens, j’avais cinq ans et demi et j’étais trop fatigué pour parcourir le kilomètre entre l’école et la maison. J’ai naturellement levé le pouce. Deux ans plus tôt, à Madagascar, quand ma mère sortait de la grasse matinée, elle me voyait passer en pirogue avec des petits malgaches. Je crois que je suis né avec le pouce levé.

      – Je me fais très souvent inviter. La semaine dernière, j’ai expérimenté à fond le dumpster diving avec alternatifs qui m’hébergeaient. Ils plongent littéralement dans les poubelles et on a passé la semaine à manger du saumon, du caviar et pas mal de produits de luxe qui se seraient perdus. Ca a un côté très clodo qui me rebute encore un peu mais je dois reconnaître que j’ai rarement eu autant pris plaisir à manger.

      – J’ai eu une tente quelques fois puis j’ai arrêté quand je me suis rendu compte que, partout où j’allais, je rencontrais toujours quelqu’un pour m’héberger. Je me suis même déjà fait engueuler par un type qui m’a trouvé endormi dans son escalier, pas parce que je squattais l’endroit mais parce que je n’avais pas frappé à sa porte. J’ai quand même un bon sac de couchage, ça peut toujours servir.

      – Pour la Laponie, j’ai pris les choses avec sérieux bien qu’au moment du départ, il me manquait un survêtement chaud pour les jambes. On m’en a offert un à Jokkmokk, style typique lapon. Avec les températures glaciales, c’est d’autant plus facile de trouver où dormir.

      – Eh ben, merci!

  3. Belle interview en effet ! Nous ne sommes pas le même type de voyageur mais dans le fond il y a de la place pour tous :)

    En tout cas ce mode de voyage pousse forcement à la rencontre et ça c’est un très bon point. Enfin, la photo de la mosquée de Uzungöl est tout simplement magnifique !

  4. Bon, ça y est, on a trouvé un excellent sujet de film! 😉

  5. Comme d’habitude, texte court, essentiel, percutant, d’une simplicité et honnêteté déroutante. J’aime te lire. J’ai bien hâte à nos collaborations ! Merci Julien pour cet interview !

    • Ravi de voir que l’interview t’a plu. Il faut surtout remercier Antoine pour avoir accepté d’être le cobaye :p

      Concernant la collaboration, si tu veux écrire un article invité sur un livre par exemple c’est avec plaisir, je suis moi même assez féru de lecture !

  6. Merci Julien et Antoine pour l’interview. C’est très intéressant. Et la photo de Sundsvall est magnifique.

    Alors, c’est quoi cette histoire de commanditaire de meurtre ? :)

  7. Voilà exactement le genre de personnage qui me donne envie de tenter plus, tenter différemment… aborder mon voyage en étant plus ouverte aux opportunités qui se présentent toujours en chemin.

    Je file sur le site du loustic et … merci pour cette jolie interview!

    NowMadNow

    • Ravi de voir qu’Antoine t’inspire !

      Si tu as des questions à lui poser, n’hésite pas il passera sans doute y répondre !

      • Excellent ce trip. J’aimerais beaucoup aussi mais ça doit être moins évident pour une femme. Dans une autre vie peut-être :)

    • Superbe expérience. C’est ce que j’aurais dû faire quand j’étais plus jeune. Bravo Antoine !

  8. WoW, Merci et impressionné par cet interview, et même en ayant fait du stop !

    Difficile d’imaginer de vivre avec moins de 100 euros par mois. Je passerai sur son blog!

  9. Felicitation Antoine pour ton aventure et felicitation Julien pour ce tres beau blog qui merite d’etre plus connu.

    Je voyage egalement avec un tres petit budget environ 150 euros par mois mais compare a Antoine je suis riche.

    Selon moi, plus le budget est faible et plus le voyage est riche car nous sommes obliges de faire de nombreuses rencontres ce qui nous ammene a decouvrir une nouvelle facette du monde.
    De plus, moins on a et plus on apprend a observer les signes et a decouvrir la spiritualite. Quelque chose qui est oublie dans notre societe materialiste mais qui a une importance enorme dans le bonheur d’un etre humain.

  10. C’est la première fois que je remarque son conseil: Ne croyez pas ce qu’on vous dit, souriez, hochez la tête quand on vous donne un avis mais faites toujours ce que vous voulez faire au final.
    C’est excellent comme technique haha

  11. 60€ en un mois dans les pays scandinaves, c’est une performance. si tes projets ne marchent pas dans l’audiovisuel, tu pourras te reconvertir dans la gestion de biens !

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